Un vendredi midi, je repense au trench coat que j’ai repéré sur le site d’une enseigne depuis plusieurs jours et me laisse tenter, avant de rentrer chez moi, à aller l’essayer en magasin, histoire de savoir s’il me plaît, s’il convient à ma morphologie et si je l’achèterai (malgré son prix qui pour moi pique quand même). Après une tentative à la descente du métro pour arriver à destination par un chemin plus court mais jamais entrepris, je perds plus de temps que je n’en gagne. Tant bien que mal j’arrive à trouver une sortie et connaissant bien le centre commercial où je me trouvais, une fois dans cet espace je me rends au magasin sans que mes pas n’hésitent. Je fais le tour des rayons, repérant celui des femmes et des hommes, cherchant l’article des deux côtés car je me dis que la tendance est au non-genré et que bien que le mannequin qui le porte soit une femme sur la fiche produit du site, il peut très bien se trouver chez les hommes et qu’il ne faudrait pas s’en étonner. Je finis par demander à une vendeuse qui n’a pas l’air de connaître le produit que je montre sur mon téléphone, et elle finit par voir qu’il n’est disponible que dans une seule boutique parisienne, dans laquelle je n’aurai finalement pas le temps de me rendre, l’heure de la reprise du travail approchant. Dans mon champ de vision pendant qu’elle me parle, j’aperçois le visage familier d’une femme concentrée à scruter les détails des vêtements qu’elle prend tour à tour en main. Je l’observe à plusieurs reprises pour savoir si c’est bien la personne à laquelle je pense. Une fois certaine et la conversation avec la vendeuse terminée, je me dirige vers elle pour aller la saluer, feignant légèrement la surprise, mais sincèrement contente de la revoir dans un décor totalement hasardeux. Je me souviens d’elle comme d’une personnalité complexe et d’un rapport que j’entretenais avec cette personne qui l’est tout autant, bien qu’on ait l’impression de se connaître mutuellement plus que l’on ne se soit vues. Dans le scénario idéal, dans mon imaginaire fantasmé sur l’amitié, on aurait été prendre un café juste après nos emplettes pour se raconter les années passées où personne n’a cherché à prendre de nouvelles de l’autre et il en sera très probablement ainsi les années qui suivront, mais je me rends compte de mon embarras permanent à son contact, à ce moment précis mais aussi toutes les fois passées, que je ne suis pas en mesure d’expliquer clairement. J’ai beaucoup de mal à saisir ses intentions dans ses paroles courtoises, s’il y a de la gêne, de la politesse excessive, de l’arrogance ou une rancune masquée. Je lui dis quelques mots, notamment au sujet de ma surprise de la voir là à ce moment, comme si le destin l’avait décidé ou que le monde n’était pas si grand, car par un simple coup de tête je me suis retrouvée dans ce magasin, ce qui m’a amenée à la croiser alors que j’aurais dû être rentrée. Puis je repars rapidement, car ma conscience professionnelle m’appelle, entre autres. Au moment où je quitte le magasin, elle jette un coup d’oeil rapide à ma silhouette l’air de se demander ce qui est arrivé pendant quatre ans.
Amitié d’antan
